Voyage en Papouasie: À la rencontre du peuple Asmat au cœur de la mangrove

La Papouasie! C’est la plus grande île du monde, située entre l’Indonésie et l’Australie. Si la partie orientale constitue la Nouvelle-Guinée, pays indépendant, la partie occidentale appartient à l’Indonésie, qui convoite les importants gisements de matière première qui s’y trouvent.

On n’arrive pas là-bas par hasard. Il faut déjà trois jours de voyage depuis Paris pour se rendre à Sorong, au nord de l’île.

La première partie de ce voyage nous emmène dans le Raja Ampat. Il s’agit d’un immense archipel qui s’étend sur une mer turquoise limpide sous un soleil de plomb; le paradis des plongeurs. Si les côtes commencent à s’ouvrir au tourisme, les infrastructures restent modestes et spartiates et ce n’est pas plus mal.

Après quelques jours de repos dans cet environnement paradisiaque, nous partons pour rencontrer les Asmats. Là encore, ce n’est pas une sinécure: bateau et avion pour nous rendre de l’autre côté du pays, à Jayapura.

Jayapura en Papouasie

De là, un vol intérieur nous emmène à Timika au sud de l’île. Nous montons enfin dans un coucou manifestement au crépuscule de sa carrière pour rejoindre Agats à une heure et demie de là.

Cette ville lacustre; c’est-à-dire qu’elle est entièrement construite sur des pilotis fichés dans une mangrove.

Il n’y a donc ni route ni voiture. Les 20 000 habitants se déplacent en scooters électriques sur des passerelles en bois.

La mangrove s’étend sur 200 kilomètres du front de mer jusqu’à la terre ferme. Elle est découpée par une multitude de bras de mer, allant de plusieurs centaines de mètres de large à quelques centimètres.

Asmat: À la rencontre de nos origines en Papouasie

C’est dans cet environnement hostile que vit le peuple Asmat. Les distances se comptent en jours de pirogue.

À deux heures de pirogue, il y a des écoles dans les villages, l’église est entretenue et un prêtre s’y rend régulièrement.

Une petite boutique vend des produits de consommation courante dont les déchets traînent éparpillés partout. À une demi-journée de pirogue, il n’y a plus de boutiques, plus d’écoles non plus.

Les habitants que nous avons rencontrés n’avaient pas vu de blancs depuis plus de 40 ans.

Alors, que se passe-t-il à 1 journée, 2 jours, 7 jours de pirogue?

Nous partons d’Agats de bon matin assis dans une pirogue inconfortable. Durant 4 heures, sous un soleil ardent, nous naviguons jusqu’à l’entrée d’un bras de mer important qui s’enfonce dans la mangrove. Le pilote tourne à droite, puis à gauche, la largeur du canal se réduit à chaque fois, puis encore à droite. La végétation est dense, on entend le cri des animaux et surtout des oiseaux. Le sol est constitué d’une boue instable entre des racines qui s’enfoncent dans le sol jusqu’à 30 mètres de profondeur. Tout élevage ou culture est complètement impossible.

Soudain, un bruit sec! À quelques mètres en amont, une pirogue surgit d’un minuscule canal, immédiatement suivie d’une autre, et encore d’autres; droit devant nous, se profilent d’autres pirogues encore. Elles sont subtilement creusées dans des troncs d’arbre, dans chacune d’entre elles, entre 5 et 10 hommes se tiennent debout.

Ils sont habillés de shorts, parfois de t-shirt et portent des peintures de guerre en agitant furieusement des lances et des boucliers décorés de personnages mystérieux. Il y a maintenant une centaine de pirogues qui s’avancent vers nous dans un vacarme assourdissant, tant les hommes frappent les flancs de leur pagaie. Ils vont bientôt nous croiser.

Je suis debout, le souffle coupé, je rafale autant que je peux avec mon appareil photo comme pour ne laisser aucun moment s’échapper.

Ils nous ont dépassés en quelques secondes. Une grande émotion m’étreint à ce moment-là. Des voyageurs présents, aucun ne peut plus parler, certains essuient une larme discrètement.

L’apanage des pirogues opère un demi-tour en aval pour faire un second passage.

C’est ainsi que les Asmats accueillaient ceux qui tentaient d’accéder à leur village. Imaginez ce qu’ont dû ressentir les premiers blancs quand ils sont arrivés là. Car si l’accueil qui nous a été fait était pacifique, il y a encore une petite centaine d’années, les Asmats étaient de valeureux guerriers belliqueux qui collectionnaient les têtes humaines.

On considère que le premier contact avec les Européens a eu lieu en 1904. À cette époque, les Néerlandais administraient la région.

Les Asmats eux, sont là depuis plusieurs dizaines de milliers d’années.

Le peuple Asmat en Papouasie

Ils sont sans doute venus d’Australie alors que la mer était très basse entre les deux terres. Depuis toujours, ils doivent trouver leur nourriture chaque jour en chassant et en pêchant.

Dans leurs traditions, les rites imposent d’aller attaquer les villages voisins. Cela permet de capturer des femmes et d’éviter la consanguinité, mais les jeunes guerriers vont tenter d’aller abattre le chef du village ou un autre notable puissant. En respectant un rituel bien établi, le malheureux va être dépecé et mangé. Évidemment, ça peut sembler barbare, mais dans la culture Asmat, c’est une nécessité. C’est d’abord le seul apport de viande, et ce faisant, le jeune guerrier s’empare de la force et la sagesse de sa victime. On coupe la tête des morts, elles seront fièrement accrochées sur la hutte des vainqueurs.

La pacification des Asmats a réellement commencé dans les années 1950-1960. Ils ont été convertis au christianisme et se sont habillés. Aujourd’hui, le cannibalisme est proscrit et on ne peut plus non plus couper les têtes. Mais le territoire est tellement grand que personne ne sait vraiment ce qui se passe dans les coins les plus reculés.

Impossible de conclure ce papier sans parler de Mickaël Rockefeller. À la fin des années 1960, le fils du sénateur de New York City, candidat aux élections présidentielles américaines, est ethnologue et se trouve dans la région d’Asmat. Sa pirogue chavire et, excellent nageur, il retrouve la terre ferme. Là, des guerriers l’attendent, s’en emparent et le mangent.

C’est ce fait divers qui a porté cette région reculée à l’attention du monde.

À lire: Le funeste destin de Mickaël Rockefeller de Marc Hoffman.

À écouter: Cet excellent podcast de Thierry Robinet, aventurier et expert de la Papouasie et des Asmats! Ce podcast est assez ancien. Il parle d’un Monsieur Alex. Il est décédé depuis. J’ai pu voir ce magasin exceptionnel dont il parle, mais j’ai appris qu’il n’existait plus non plus.

Voyager en Asmat: Il y a des agences spécialisées. Vous les trouverez aisément sur la toile. Je vous déconseille d’y aller seuls. Il y a des choses accessibles à tous, mais on peut le faire en mode aventurier et marcher dans la mangrove; c’est dur, avec 35°C et 95% d’humidité.

À voir: Rendez-vous en terre inconnue avec Zazie chez les Korowai. Il s’agit d’un peuple premier qui vit au fin fond de la mangrove avec des rites proches de ceux des Asmats. Vous trouvez aussi quelques documentaires sur les plateformes vidéo.

À Agats, il faut aller voir le musée d’art Asmat, le Asmat Museum of Culture and Progress. Je n’en ai pas parlé, mais les Asmats ont développé un art extrêmement prisé.

Bon voyage!

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Crédit photo: Alexandre Arasté

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